Rencontre Swann Odette

1896, août : le commandant Picquart a acquis la certitude quEsterhazy est le véritable auteur du bordereau. Odette Swann, Comtesse de Forcheville. Symbole des goûts nouveaux dans le monde Il revenait à ce point de vue-opposé à celui de son amour et de sa jalousie, et auquel il se plaçait quelquefois par une sorte déquité intellectuelle et pour faire la part des diverses probabilités-doù il essayait de juger Odette comme sil ne lavait pas aimée, comme si elle était pour lui une femme comme les autres, comme si la vie dOdette navait pas été, dès quil nétait plus là, différente, tramée en cachette de lui, ourdie contre lui. Pourquoi croire quelle goûterait là-bas avec Forcheville ou avec dautres des plaisirs enivrants quelle navait pas connus auprès de lui et que seule sa jalousie forgeait de toutes pièces? À Bayreuth comme à Paris, sil arrivait que Forcheville pensât à lui, ce neût pu être que comme à quelquun qui comptait beaucoup dans la vie dOdette, à qui il était obligé de céder la place, quand ils se rencontraient chez elle. Si Forcheville et elle triomphaient dêtre là-bas malgré lui, cest lui qui laurait voulu en cherchant inutilement à lempêcher dy aller, tandis que sil avait approuvé son projet, dailleurs défendable, elle aurait eu lair dêtre là-bas daprès son avis, elle sy serait sentie envoyée, logée par lui, et le plaisir quelle aurait éprouvé à recevoir ces gens qui lavaient tant reçue, cest à Swann quelle en aurait su gré. Et-au lieu quelle allait partir brouillée avec lui, sans lavoir revu-sil lui envoyait cet argent, sil lencourageait à ce voyage et soccupait de le lui rendre agréable, elle allait accourir, heureuse, reconnaissante, et il aurait cette joie de la voir quil navait pas goûtée depuis près dune semaine et que rien ne pouvait lui remplacer. Car sitôt que Swann pouvait se la représenter sans horreur, quil revoyait de la bonté dans son sourire, et que le désir de lenlever à tout autre nétait plus ajouté par la jalousie à son amour, cet amour redevenait surtout un goût pour les sensations que lui donnait la personne dOdette, pour le plaisir quil avait à admirer comme un spectacle ou à interroger comme un phénomène, le lever dun de ses regards, la formation dun de ses sourires, lémission dune intonation de sa voix. Et ce plaisir différent de tous les autres avait fini par créer en lui un besoin delle et quelle seule pouvait assouvir par sa présence ou ses lettres, presque aussi désintéressé, presque aussi artistique, aussi pervers, quun autre besoin qui caractérisait cette période nouvelle de la vie de Swann où à la sécheresse, à la dépression des années antérieures avait succédé une sorte de trop-plein spirituel, sans quil sût davantage à quoi il devait cet enrichissement inespéré de sa vie intérieure quune personne de santé délicate qui à partir dun certain moment se fortifie, engraisse, et semble pendant quelque temps sacheminer vers une complète guérison : cet autre besoin qui se développait aussi en dehors du monde réel, cétait celui dentendre, de connaître de la musique. Elle y revenait sans plus trouver de résistance, et dailleurs si irrésistible que Swann avait eu bien moins de peine à sentir sapprocher un à un les quinze jours quil devait rester séparé dOdette, quil nen avait à attendre les dix minutes que son cocher mettait pour atteler la voiture qui allait lemmener chez elle et quil passait dans des transports dimpatience et de joie où il ressaisissait mille fois pour lui prodiguer sa tendresse, cette idée de la retrouver qui, par un retour si brusque, au moment où il la croyait si loin, était de nouveau près de lui dans sa plus proche conscience. Cest quelle ne trouvait plus pour lui faire obstacle le désir de chercher sans plus tarder à lui résister, qui nexistait plus chez Swann depuis que, sétant prouvé à lui-même-il le croyait du moins-quil en était si aisément capable, il ne voyait plus aucun inconvénient à ajourner un essai de séparation quil était certain maintenant de mettre à exécution dès quil le voudrait. Cest aussi que cette idée de la revoir revenait parée pour lui dune nouveauté, dune séduction, douée dune virulence que lhabitude avait émoussées, mais qui sétaient retrempées dans cette privation non de trois jours mais de quinze car la durée dun renoncement doit se calculer, par anticipation, sur le terme assigné, et de ce qui jusque-là eût été un plaisir attendu quon sacrifie aisément, avait fait un bonheur inespéré contre lequel on est sans force. Cest enfin quelle y revenait embellie par lignorance où était Swann de ce quOdette avait pu penser, faire peut-être, en voyant quil ne lui avait pas donné signe de vie, si bien que ce quil allait trouver cétait la révélation passionnante dune Odette presque inconnue. 1900 15 septembre-1902 avril : Albertine prisonnière dans lappartement parisien du Narrateur. Quand la jeune fille entre dans lappartement parisien du Narrateur, elle a 18 ans ; elle en a 20 quand elle senfuit. La veille du départ dAlbertine, le Narrateur remarque : Le beau temps, cette nuit-là, fit un bond en avant, comme un thermomètre monte à la chaleur. De mon lit, par ces matins tôt levé de printemps, jentendais les tramways cheminer etc. III, 911. Le Narrateur caresse alors le projet dun voyage seul à Venise au mois de mai III, 913. Cest donc vers le mois davril que la fugitive échappe des mains de son geôlier. Swann le renvoya, il voulait marcher et ce fut à pied, par le bois, quil rentra. Il parlait seul, à haute voix, et sur le même ton un peu factice quil avait pris jusquici quand il détaillait les charmes du petit noyau et exaltait la magnanimité des Verdurin. Mais, de même que les propos, les sourires, les baisers dOdette lui devenaient aussi odieux quil les avait trouvés doux, sils étaient adressés à dautres que lui, de même, le salon des Verdurin, qui tout à lheure encore lui semblait amusant, respirant un goût vrai pour lart et même une sorte de noblesse morale, maintenant que cétait un autre que lui quOdette allait y rencontrer, y aimer librement, lui exhibait ses ridicules, sa sottise, son ignominie. Pour en savoir plus, consultez notre librairie, rubrique : La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule rencontre swann odette Swann apprit seulement que lapparition récente de la sonate de Vinteuil avait produit une grande impression dans une école de tendances très avancées, mais était entièrement inconnue du grand public. rencontre swann odette Mais je crois bien, pourquoi ne viendriez-vous pas à Guermantes, ma belle-mère serait folle de joie. Cela passe pour très laid, mais je vous dirai que ce pays ne me déplaît pas, jai horreur des pays pittoresques. Mme De Saint-Euverte voyant que la princesse avait lair content de causer avec Swann sétait éloignée. Un Amour de Swann est la seconde partie de Du coté de chez Swann le premier volume de limmense cathédrale qui est À la recherche de temps perdu. Cest un roman dans le roman. Il sagit dun récit quon peut comprendre sans connaître le reste de lœuvre. Dans un sens, Un Amour de Swann, ne parle pas dun souvenir vécu puis retrouvé. En plus, le récit nest pas à la première mais à la troisième personne. Le narrateur raconte les événements qui ont eu lieu avant sa naissance plus raffinés. Le mot d œuvre florentine rendit un grand Gilberte lui présente sa fille, Mademoiselle de Saint-Loup qui incarne la Après cette histoire damour, lauteur a retrouvé ses chagrins, la tristesse qui lavait accompagné depuis si longtemps, mais une tristesse nouvelle, différente de celle quil éprouvait à légard de sa mère quand elle ne venait pas lembrasser avant de dormir, car dans la vie on sattriste au début, de la séparation de nos mères mais au fur et à mesure on néprouve le chagrin que pour celle quon aime profondément au moment où on sent quelle pourrait ne pas nous appartenir ou quand elle ne serait pas auprès de nous le temps où on a besoin delle. Lauteur parle dun âge où même le souvenir dêtre triste pour labsence de sa mère se considérait comme une humiliation, il parlait dun âge où lhomme se rend compte que sa situation doit être indépendante aux autres, que sa vie à besoin de sacheminer en prenant une direction différente que nos miens avaient pris auparavant. Mais pas du tout! Pourquoi! Je suis bien nimporte où! Jusque dans les années 1960, Un amour de Swann fut la seule partie d À la recherche du rencontre swann odette Nombre de citations du personnage dans chacun des sept livres de la Recherche Alors cette terrible réponse dont il avait arrêté chaque mot la veille sans oser espérer quelle pourrait servir jamais, il avait la joie de la lui faire porter. Hélas! Il sentait bien quavec largent quelle avait, ou quelle trouverait facilement, elle pourrait tout de même louer à Bayreuth puisquelle en avait envie, elle qui nétait pas capable de faire de différence entre Bach et Clapisson. Mais elle y vivrait malgré tout plus chichement. Pas moyen, comme sil lui eût envoyé cette fois quelques billets de mille francs, dorganiser chaque soir, dans un château, de ces soupers fins après lesquels elle se serait peut-être passé la fantaisie-quil était possible quelle neût jamais eue encore-de tomber dans les bras de Forcheville. Et puis du moins, ce voyage détesté, ce nétait pas lui, Swann, qui le paierait-Ah! Sil avait pu lempêcher! Si elle avait pu se fouler le pied avant de partir, si le cocher de la voiture qui lemmènerait à la gare avait consenti, à nimporte quel prix, à la conduire dans un lieu où elle fût restée quelque temps séquestrée, cette femme perfide, aux yeux émaillés par un sourire de complicité adressé à Forcheville, quOdette était pour Swann depuis quarante-huit heures! Ou : dans ces affaires le mieux est de ne rien voir. Cependant, dêtre ainsi inscrit dans une œuvre non dramatique Et il tâchait de lui montrer que lapaiser, le diriger, le faire travailler, serait une noble tâche à laquelle ne demandaient quà se vouer dautres femmes quelle, entre les mains desquelles il est vrai dajouter que la noble tâche ne lui eût paru plus quune indiscrète et insupportable usurpation de sa liberté. Si elle ne maimait pas un peu, se disait-il, elle ne souhaiterait pas de me transformer. Pour me transformer, il faudra quelle me voie davantage. Ainsi trouvait-il, dans ce reproche quelle lui faisait, comme une preuve dintérêt, damour peut-être ; et en effet, elle lui en donnait maintenant si peu quil était obligé de considérer comme telles les défenses quelle lui faisait dune chose ou dune autre. Un jour, elle lui déclara quelle naimait pas son cocher, quil lui montait peut-être la tête contre elle, quen tous cas il nétait pas avec lui de lexactitude et de la déférence quelle voulait. Elle sentait quil désirait lui entendre dire : Ne le prends plus pour venir chez moi, comme il aurait désiré un baiser. Comme elle était de bonne humeur, elle le lui dit ; il fut attendri. Le soir, causant avec M. De Charlus avec qui il avait la douceur de pouvoir parler delle ouvertement car les moindres propos quil tenait, même aux personnes qui ne la connaissaient pas, se rapportaient en quelque manière à elle, il lui dit : Quant à M. Verdurin, trouvant que cétait un peu fatigant de se mettre à rire pour si peu, il se contenta de tirer une bouffée de sa pipe en songeant avec tristesse quil ne pouvait plus rattraper sa femme sur le terrain de lamabilité. Swann, habitué, quand il était auprès dune femme avec qui il avait gardé des habitudes galantes de langage, de dire des choses délicates que beaucoup de gens du monde ne comprenaient pas, ne daigna pas expliquer à Mme De Saint-Euverte quil navait parlé que par métaphore. Quant à la princesse, elle se mit à rire aux éclats, parce que lesprit de Swann était extrêmement apprécié dans sa coterie, et aussi parce quelle ne pouvait entendre un compliment sadressant à elle sans lui trouver les grâces les plus fines et une irrésistible drôlerie.

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